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LA PRISE DE LA BATTERIE PAR JEAN NOUVEL

LA PRISE DE LA BATTERIE PAR JEAN NOUVEL Jean Nouvel investit la Batterie du Mont Boron en vue d’y constituer un pôle architecture et d’urbanisme international. Il souhaite y développer un projet culturel important après restauration et aménagement complet du site.

Le 20 novembre 2006 la Mairie de Nice acquiert le Batterie en l’achetant à l’Etat. Ce lieu d’exception avec sa vue imprenable sur la mer, choisi dès le Moyen Age pour l’érection d’une tour de guet transformée ensuite en moulin à vent puis en fortifications, a donné des envies de création à l’architecte Jean Nouvel qui se propose d’en faire une place forte de la culture architecturale. Jean Nouvel est l’un des architectes les plus notoires de son temps. En trois décennies il a bâti une œuvre diverse et riche aux quatre coins du monde, bâtiments publics et privés, re-développement de quartiers entiers de ville. La liste de ses distinctions honorifiques atteste de l’étendue de son parcours, de l’internationalisme de sa pratique et de la pertinence de son travail.

Depuis l’Equerre d’Argent en France en 1987 pour l’Institut du Monde Arabe et ses mouchabieh, jusqu’à l’International Highrise Award pour la Torre Agbar à Barcelone en 2006, l’architecte a été primé pour ses travaux en Europe, aux USA, au Brésil, au Moyen Orient et en Asie.
Le vocabulaire architectural de Jean Nouvel intègre des concepts comme la modernité, la dématérialisation, la réalité virtuelle, la mutation, l’image, les questions urbaines et la démolition dont il s’explique dans un entretien réalisé pour l’exposition qui lui a été consacrée au Centre Pompidou en 2001. (On peut le consulter sur Internet à Ateliers Jean Nouvel). Il nous aide à comprendre le champ de sa recherche et le cheminement de sa pensée. L’architecture est l’art de la contrainte puisqu’elle doit apporter des réponses à des questions précises aussi bien techniques que programmatiques. Dans ce cadre il décrit sa démarche comme spécifique, contextuelle et historique : « je parle toujours de spécificité et de contextualité parce que je pense qu’une architecture ne prend de sens que par rapport à ce qui l’entoure et ce qui la précède ».
« Je suis toujours dans la modification d’un état préexistant » car « c’est dans cette transition que l’on peut avoir l’espoir d’améliorer, à terme, des espaces urbains dans le sens d’urbanité et où l’on peut espérer que l’architecture serve encore à quelque chose ».

Son questionnement porte essentiellement sur le temps dans lequel il crée, à savoir la relation de l’architecture à l’époque dans laquelle elle se construit : « pour moi la première spécificité c’est l’époque ». Il relie son travail « aux principes mêmes d’éternité et d’instant ». Il constate que c’est « souvent à travers la fragilité d’un instant qu’on peut voir la force d’un bâtiment ».
Bâtir c’est d’abord prendre ne compte ce qui existe et ensuite créer en s’inscrivant dans une filiation historique et contextuelle. Il fonde son travail sur la notion de modernité aujourd’hui : « le constat qu’on peut arriver à créer des choses  complexes sans voir comment c’est réalisé, fait partie du vocabulaire architectural de modernité qui m’intéresse ». Quand il traite de la notion de dématérialisation : « la matière est toujours là, je donne l’illusion que la matière s’évanouit ». il revendique une architecture d’immatérialité et de jeu avec la matière et la lumière pour donner « l’illusion de la destruction complète et volontaire de ce que je crée » à partir de jeux de plans géométriques d’angles de réflexion différents et de perforations : « on casse l’image, on ne sait plus où on est ».

L’éphémère fait aussi partie de son vocabulaire. Ainsi, la végétation « élément très fugace, très sensible, très mutant » n’est pas simple décoration ou environnement mais élément du vocabulaire architectural à part entière. « la goutte d’eau, le rai de lumière, ou le végétal qui tremble dans le vent » sont importants parce que e sont des choses « vibrantes et par la même émouvantes dans cette confrontation du fugace à l’éternel » alors, il met au service d’une « poétique de situation particulière ».
A propos de la ville il affirme qu’il n’y a pas LA question urbaine mais une série de questions urbaines, vaste champ de recherche dont il regrette que les architectes se soient retirés. Or Jean Nouvel croit « que les questions urbaines sont historiquement cruciales ». Les architectures du siècle dernier pour ne pas reconduire ailleurs les conditions de la catastrophe et ensuite explorer de nouvelles pistes qui vont dans le sens de la recherche d’économie de matière et d’autonomie. Le concept de démolition le choque « quand on veut démolir tout ». « Pour qu’une ville vive, il faut qu’elle sache ce qu’elle doit changer ». En conséquence l’analyse, le diagnostic, la spécificité s’imposent dans un premier temps.
Puis, selon le cas, il faudra démolir, ou substituer ou compléter. « Aujourd’hui il faut changer la nature profonde de ces quartier, la nature des logements, la nature des programmes complémentaires autour des espaces publics. C’est une question de dignité de l’endroit où l’on vit, d’équilibre, de mixité sociale. Ce n’est pas uniquement une question de barres ou de tours. Si c’était un problème formel ça se saurait.
La diversité de son œuvre s’explique par son approche de la spécificité et de la contextualité. La pertinence de ses créations déroule de sa réflexion sur la filiation, de sa prise en compte de « la valeur de tout ce qui est autour de ce qu’on crée » et explique sa réussite dans les lieux aussi différents que la banlieue de Sao Paulo, Tokyo, Lyon, Berlin ou Changaï.

La prise de la Batterie du Mont Boron par Jean Nouvel est pour nous, Niçois un formidable évènement. Son projet culturel comprend plusieurs missions : transformer la batterie en lieu d’accueil, de travail et de recherche, développer la diffusion, l’édition, les rencontres et les échanges, former de jeunes professionnels venus du mont entier, développer et soutenir la recherche architecturale : « la fondation se donne pour objectif de constituer un carrefour international apte à promouvoir une pensée et une recherche fondamentale capables de nourrir le débat architectural » est-il dans le dossier.

Son choix nous honore et son projet nous enthousiasme. Rappelons enfin que Jean Nouvel a accepté de présider le comité de promotion de « Nice Capitale culturelle européenne en 2013 » et qu’il remettra le dossier de Nice au jury le 7 décembre 2007.


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